—Car j'ai réussi, continua-t-il, pleinement, entièrement, au delà de mes plus folles espérances. Du même coup hardi, j'ai fait ma fortune et la tienne... Ce matin, il n'y a pas deux heures, le caissier de Coutanceau a versé entre mes mains frémissantes d'émotion quatre cent quatre-vingt mille francs. J'ai bien dit, tu as bien entendu, je répète: quatre cent quatre-vingt mille francs. De cette somme, il faut déduire ta mise de fonds involontaire, soit cent dix-huit mille francs. Reste trois cent soixante-deux mille francs, ô Roberjot, que nous allons, hic et nunc, partager comme des frères... Nous sommes riches... Fortuna me juvat!... Me pardonnes-tu, maintenant. Avoues-tu que je suis un grand homme?... Quitte ton air sévère, alors, et debout, vieux camarade, debout et dans mes bras!...
C'est à quoi l'avocat ne paraissait rien moins que disposé.
—Vous vous méprenez, monsieur Verdale, dit-il.
L'architecte pensa que Me Roberjot doutait de ses affirmations.
—Il ne me croit pas, l'incrédule! s'écria-t-il. Mais attends, ô saint Thomas, attends.
Et, sautant sur son inévitable portefeuille qu'il avait déposé sur une chaise, il en retira pêle-mêle des bons sur la Banque et des liasses énormes de billets de banque qu'il étala sur le bureau...
—Vois, criait-il, flaire, palpe, examine... Plonges-y les bras jusqu'au coude. Assure-toi bien qu'ils ne sont pas faux... A nous! tout cela est à nous!... Victoire! Vive Coutanceau!...
Mais l'ivresse du succès se glaça sur ses lèvres, lorsqu'il vit de quel geste de dégoût l'avocat repoussait ces valeurs.
Et il faillit perdre contenance en l'entendant lui dire:
—Veuillez me compter les cent dix-huit mille francs que vous m'avez soustraits, et vous retirer avec le reste.