L'honneur lui défendant, pensait-elle, de recourir désormais au dévouement du Me Roberjot, elle se disait:
—Je saurai me passer de son assistance, et le meurtre de mon mari n'en sera pas moins vengé.
C'était là l'unique pensée qui la soutenait.
Elle savait que toujours en éveil, puissamment et incessamment tendue vers un même but, la volonté centuple les forces humaines et donne à l'être le plus faible le ressort d'un géant.
—Il nous faudra peut-être attendre des années, soupirait M. Ducoudray.
—Je saurais attendre des siècles, répondait Mme Delorge.
Son premier soin, avant de s'installer rue Blanche, avait été d'y transporter le cabinet de travail du général Delorge, tel qu'il était à la villa de la rue Sainte-Claire.
C'est dans la pièce qui, d'après la distribution du logis, devait servir de salon, qu'elle l'avait reconstitué.
Meubles, tentures, rideaux, tout y était pareil, tout y était disposé semblablement avec les plus ingénieuses précautions. A voir sur le bureau les papiers et les cartes, le livre ouvert, la lettre commencée, on eût cru que le général venait de sortir.
Une seule chose s'y voyait, qui ne se trouvait pas à Passy, et qui étonnait les rares visiteurs de la pauvre femme.