Il fut enterré au cimetière Montmartre, dans le même caveau que son frère Godefroid. Il n'y eut pas de discours prononcé. Le gouvernement confisqua son oraison funèbre, comme il avait confisqué celles de Lamennais, de Marrast et de Béranger.

Bien avant cette époque, cependant, Raymond Delorge avait mis à exécution un projet longtemps caressé dans le secret de ses pensées.

Le lendemain du jour où il avait eu vingt et un ans, il était allé trouver ses amis, Léon et Jean Cornevin, et, d'un ton solennel qui ne lui était pas habituel:

—Je viens, leur avait-il dit, réclamer de votre amitié un grand service, et, quoi qu'il advienne, je vous demande le secret. J'ai résolu de me battre en duel avec M. de Combelaine, et je vous prie d'être mes témoins...

Léon Cornevin avait bondi à cette déclaration.

—Tu es fou, Raymond! s'était-il écrié.

Raymond s'attendait à quelque réponse de ce genre.

—Raisonnable ou insensé, mon parti est pris.

—Et si nous refusions?...

Tristement, Raymond hocha la tête, et d'un accent d'inébranlable détermination: