—Nous sommes des enfants, dit-il, et nous venons de faire une folie insigne. Quand on attaque une bête fauve, on doit être assez bien armé pour la tuer. Nous avons attaqué Combelaine et nous sommes sans armes. Cet homme nous avait oubliés, peut-être, nous venons de lui rappeler que nous existons et que nous pouvons devenir redoutables. Il ne se battra pas... mais notre imprudence nous coûtera plus cher qu'un coup d'épée.

Les deux jeunes gens savaient bien que Raymond devait être chez eux à cette heure, et que sans nul doute il attendait avec une anxiété poignante le résultat de leur démarche.

Mais les circonstances devenaient trop critiques, et ils se voyaient chargés d'une responsabilité trop lourde pour s'en remettre à leurs seules lumières.

[Illustration: Ces deux dames étaient la comtesse de Montijo et sa fille.]

Et après une courte délibération, et malgré le secret promis à Raymond, ils résolurent de prendre conseil de Me Roberjot.

L'avocat venait de se mettre à table quand on lui annonça les deux frères.

—Venez-vous me demander à déjeuner, leur cria-t-il gaiement, ou maître Jean s'est-il encore fourré dans quelque guêpier?...

Léon était trop embarrassé pour ne pas raconter fort exactement toute l'affaire, les instances de Raymond, sa station avec Jean dans le salon d'attente, la conversation des fournisseurs, la réception de M. de Combelaine, son refus, sa colère et enfin sa demande d'un délai de quarante-huit heures.

Et lorsqu'il eut terminé:

—Que le diable vous emporte! s'écria Me Roberjot, si violemment que Léon Cornevin en demeura tout interloqué.