—Entrons dans ma loge, dit la portière, ici on nous entendrait.

Et les jeunes gens l'ayant suivie:

—Voilà donc la chose, commença-t-elle. Ce matin, dès qu'il a fait jour, cinq individus se sont présentés, demandant M. Jean Cornevin, artiste peintre. Justement j'allais lui monter son café au lait. Cependant, ces particuliers avaient une si drôle de mine que, foi d'honnête femme, j'allais leur répondre que M. Jean Cornevin était à la campagne, quand l'un d'eux, ouvrant son paletot, me montra son écharpe en me disant:—Vous voyez, je suis commissaire de police, ainsi, pas de farces. A quel étage demeure M. Cornevin?

«Ah! messieurs, tout mon sang ne fit qu'un tour, et de saisissement je faillis renverser mon café au lait.—Il demeure au cinquième, la porte à droite, répondis-je.—Bon!... fit le commissaire. Et le voilà dans l'escalier avec ses hommes.

«Mais il ne m'avait pas défendu de le suivre.

«Vite, je mets la tasse et la cafetière sur un plateau, et dare dare je grimpe après lui, pour voir...

«Ah! si j'avais pu prévenir M. Jean!... Il ne se doutait de rien. Il était déjà dans son atelier, en train de peindre, le dos tourné à la porte, qu'il avait laissée ouverte à cause du poêle qui fume quand on l'allume. Et il était tellement à la besogne, qu'en entendant marcher dans l'atelier, sans se retourner, il dit:—Qui va là?...

«—Au nom de la loi, je vous arrête! répondit le commissaire.

«Messieurs je n'ai jamais vu un étonnement comme celui de ce pauvre M. Jean.

«—Vous m'arrêtez, moi, fit-il, et pourquoi? Le commissaire haussa les épaules:—On vous le dira, répondit-il. Habillez-vous et suivez-nous...