«Je renonçai donc à lui adresser la parole, et vrai, c'était pour moi une rude privation. Dans cette grande salle de l'hôpital du bagne, il n'y avait que nous deux de Parisiens, il n'y avait que nous d'honnêtes gens, surtout. Les autres malades étaient tous des forçats, et j'aurais laissé ma langue sécher dans ma bouche, avant de me décider à tailler une bavette avec eux.
«Cependant les jours ont beau paraître longs, comme ils n'ont jamais que vingt-quatre heures ils passent tout de même.
«Ils passaient si bien, à l'hôpital, que déjà le 23 et moi, lui par suite de sa chute, moi à cause de ma maladie, nous avions manqué trois vaisseaux qui étaient partis pour la Guyane en décembre et en janvier.
«Nous allions, du reste, bien mieux l'un et l'autre. Moi, je ne sentais plus qu'un peu de faiblesse. Lui n'avait plus que des cicatrices.
«Un beau matin de février, le chirurgien-major, sans nous consulter, nous signa notre billet de sortie.
«Et, après la visite, le gardien-chef nous cria:
«—Allons, le 22 et le 23, embarque! embarque!... Faites vos paquets, mes enfants, vous coucherez ce soir à bord du transport le Rhône...
«Nos paquets...! Quelle plaisanterie!...
«J'avais été arrêté en bras de chemise, et la vareuse que j'avais sur le dos, et le bonnet de laine que j'avais sur la tête me venaient de l'administration.
«Mais si l'annonce de notre brusque départ me fit un certain effet, elle impressionna terriblement le 23.