«Il pouvait être onze heures.

«La nuit était sombre, mais la lune ne devait pas tarder à se lever.

«Le temps était lourd. Pas un souffle de vent n'agitait les feuilles des arbres...

«La mer baissait... Près des rochers, comme toujours, elle paraissait agitée, ses lourdes lames jaunes se brisaient à grand bruit sur les cailloux, mais, au loin, elle était comme le tapis d'un billard.

«—Laurent, lui dis-je, il est encore temps de réfléchir...

«—Non, il n'est plus temps, s'écria-t-il. Aide-moi à mettre le canot à l'eau...

«C'était une opération assez difficile. Nous la réussîmes pourtant, et bientôt ma fragile machine flotta le long d'un rocher.

«L'heure suprême sonnait. Laurent me serra entre ses bras, et d'une voix forte:

«—Adieu, mon bon Nantel, me dit-il, ou plutôt, au revoir. Tant que je vivrai, je me rappellerai que c'est à toi que je dois d'avoir sauvé le dépôt qui m'était confié.

«L'émotion m'étouffait.