«Laurent y serait recueilli, c'est vrai, mais on l'y mettrait aux fers, pour commencer, et on le ramènerait ensuite à Cayenne, où il serait condamné, pour tentative d'évasion, à plusieurs mois de cachot.

«Et ce n'était pas ma seule angoisse.

«Ce bâtiment, que du haut du rocher que j'avais gravi je distinguais si nettement, mon pauvre camarade l'avait-il aperçu? Ramait-il vers lui? En était-il bien loin encore? Parviendrait-il à le rejoindre?

«Je cherchai de l'œil le radeau.

«Il était alors, autant que j'en pouvais juger, à un peu moins de la moitié de la distance qui séparait l'île du navire. Mais quelle pouvait bien être cette distance? Il eût fallu l'expérience d'un marin pour l'apprécier avec quelque certitude.

«Ce qui était positif, c'est que Laurent avait hissé sa voile—notre couverture. De l'endroit où j'étais, elle me faisait l'effet de l'aile d'un oiseau de mer.

«Je ne sais ce que j'aurais donné pour pouvoir attendre l'issue de cette scène poignante. Mais le jour allait venir et j'étais à plus d'une demi-lieue du camp. Je m'éloignai à regret...

«Avec le même bonheur que la première fois, je franchis la ligne des sentinelles et je gagnai ma case.

«L'instant d'après, l'appel du matin battit et j'allai me mettre à mon rang.

«—Boutin! appela par trois fois le gardien de service. Boutin! Boutin!...