—Mlle Simone ne quitte jamais le pays, monsieur...

—Tiens! tiens?...

—Oui, c'est singulier, n'est-ce pas? Mais on prétend comme cela que la mère et la fille ne s'entendent pas. Aussi, tandis que Mme la duchesse et M. Philippe vivent à Paris, Mlle Simone habite toujours Maillefert, hiver comme été... Et même, ce ne doit pas être gai, pour une fille de vingt ans, que de vivre seule dans ce grand château désert, sans autre société que sa gouvernante, une Anglaise plus sèche, plus longue et plus raide qu'une perche, jaune comme un coing, avec des yeux qui pleurent et un nez plus rouge que le mien...

M. de Boursonne venait d'avaler la dernière bouchée de son déjeuner.

Il se leva, et, bourrant sa pipe:

—C'est égal, fit-il, j'aurais préféré un cirque... C'eût été une distraction.

Maître Béru sourit finement:

—Je crois, dit-il, que la venue de Mme la duchesse donnera à ces messieurs plus de distractions que n'importe quelle troupe de saltimbanques...

—Et pourquoi, s'il vous plaît?...

—Parce que Mme la duchesse est comme qui dirait une vive-la-joie. Jamais elle ne vient seule. Toujours elle amène une troupe de jeunes dames, toutes plus jolies et mieux vêtues les unes que les autres, qu'on rencontre sans cesse à pied, à cheval, en voiture, en bateau, riant, chantant, badinant, escortées de jeunes messieurs, amis de M. Philippe. Et tout ce monde chasse, pêche, dîne, soupe, se promène, danse et tire des feux d'artifice, et enfin, fait de la vie une noce perpétuelle de nuit et de jour...