—Qui sait! murmura M. de Boursonne.
Et après un moment de réflexion:
—Ce que nous a dit cet imbécile de Béru, au sujet de cette jeune demoiselle, eût suffi lorsque j'avais votre âge pour me mettre la cervelle à l'envers. Singulière existence que celle de cette pauvre enfant abandonnée à elle-même!...
—Bast!...
—Comment, bast!... Je voudrais, pardieu! vous y voir, seul dans ce vieux château, en tête-à-tête avec une gouvernante anglaise. Mais comment ne se marie-t-elle pas? Elle doit pourtant être un fier parti, cette petite fille. Ces Maillefert, si je ne m'abuse, sont riches comme des mines. Je leur connais, dans la Loire-Inférieure, une propriété qui est bien grande, à elle seule, comme la république de Saint-Marin et la principauté de Monaco réunies. L'île de Noirmoutiers tout entière leur appartenait autrefois. Comment cette petite n'est-elle pas encore mariée!...
Il fit bien une douzaine de pas sans mot dire, puis tout d'un coup:
—Peut-être, reprit-il, est-elle affligée de quelque difformité... Il se peut qu'elle soit laide à faire peur, ou affreusement bossue, ou boiteuse, ou borgne, ou chauve... Mais non, cet idiot de Béru nous l'aurait dit.
—D'ailleurs, objecta Raymond, une jeune fille si riche n'est jamais laide...
Le vieil ingénieur éclata de rire.
—Parfaitement exact, dit-il. Ainsi, mon cher Delorge, voilà une occasion admirable. La Loire, les coteaux de Gennes, des ombrages merveilleux, un antique castel... quel cadre pour un roman d'amour!... M'entendez-vous, rêveur éternel? Je vous dis que je vois une nouvelle princesse du bois dormant, qui attend le jeune et beau prince qui la doit réveiller.