—C'est vrai, opina l'aubergiste, cela doit sembler assez drôle qu'une jeune demoiselle n'aille pas au-devant de sa mère, quand il y a des mois qu'elle ne l'a pas embrassée!...
Raymond, que M. de Boursonne observait du coin de l'œil, autant que le lui permettait sa myopie, était devenu attentif.
—Mais c'est ainsi, poursuivit l'aubergiste. Mlle Simone, à ce que je me suis laissé dire, aimerait autant que sa mère et son frère ne vinssent jamais à Maillefert. Dame! cela se comprend. Accoutumée qu'elle est à vivre seule, aussi tristement qu'une religieuse cloîtrée, de voir tout à coup tant de monde et d'entendre tant de bruit autour d'elle, cela l'éblouit et l'effarouche, comme une orfraie qu'on lâcherait subitement en plein soleil. Si bien qu'elle ne fait pas toujours bon visage aux invités de Mme la duchesse. A ce point, me disait M. Casimir, le maître d'hôtel, qu'il y a deux ans elle n'a pas mis les pied lors de ses appartements tant qu'il y a eu de la société au château.
—Et la duchesse souffre ces caprices?
—Eh! eh!... Ce qu'on ne peut pas empêcher... vous savez. Il paraît qu'elle a une tête, Mlle Simone, bien que ce soit une sainte. Puis, elle a peut-être raison, au fond. Le mois que Mme le duchesse passe ici doit lui coûter gros.
—Bast! fit Raymond, la famille de Maillefert est si riche!...
—C'est à savoir! grommela maître Béru, c'est à savoir...
Et se rapprochant de Raymond et M. de Boursonne, baissant la voix et d'un air de mystère:
—Avec ces grandes fortunes, reprit-il, on ne sait jamais à quoi s'en tenir. Ce qui est positif, et on en a jasé, Dieu sait comme, c'est que Mme la duchesse vend...
—Diable!