Le rendez-vous avait été fixé de l'autre côté de la Loire, au-dessus de Gennes, à l'entrée d'un petit bois où se trouvait une clairière qu'on eût juré préparée pour une rencontre.
Et, tout en cheminant, après avoir passé le pont de fil de fer:
—Je parierais que nous nous dérangeons inutilement, grommelait M. de Boursonne, et qu'une fois sur le terrain, le sieur Bizet va nous faire des excuses.
C'était la bonne envie qu'il en avait qui le faisait s'exprimer ainsi. Son erreur était grande.
Les Angevins, en général, n'ont pas grand' peur d'un bout de fer pointu. A Saumur particulièrement et aux environs, presque tous les jeunes gens font des armes et se souviennent assez volontiers des jolis coups d'épée que fournissaient leurs pères lors de la conspiration Berton.
M. Bizet de Chenehutte était un sot, mais n'était pas un lâche.
La veille, d'ailleurs, au Café du commerce, il avait tant parlé, si haut et si terriblement, que reculer lui eût été bien difficile.
Il était très connu dans le pays, et, à ce qu'il croyait, très posé. Ne possédait-il pas deux chevaux, dont un certain alezan sur lequel il avait couru les haies, aux courses de Saumur, vêtu d'une casaque rose? Ne nourrissait-il pas cinq chiens, dont trois bassets, qu'il appelait sa meute? N'avait-il pas eu des succès?...
Bientôt M. de Boursonne et Raymond l'aperçurent, arrivant au rendez-vous par un autre chemin qu'eux.
Il avait pour témoins son oncle, qui semblait d'une humeur massacrante, et le vieux commandant d'artillerie, au mépris des règles consacrées, s'approcha de M. de Boursonne et lui dit: