M. de Boursonne lui serra la main, puis se retournant:

—Encore une reprise, dit-il, et quel qu'en soit le résultat nous arrêterons le combat.

—Soit! grommela l'ancien commandant d'artillerie, et que le diable emporte mon neveu!

Il remit donc les adversaires en face, engagea de nouveau leurs fers, et comme la première fois recula en disant:

—Allez!...

C'est avec la rage aveugle d'une bête fauve que M. Bizet se lança sur Raymond. Il était devenu plus blanc que sa chemise, ses yeux s'injectaient de sang, il serrait les dents à les briser.

C'est que, si niais qu'il fût, il avait deviné les intentions premières de son adversaire. Et la pensée d'être si ouvertement ménagé devant tant de témoins l'affolait.

En ce moment, dans son accès de fièvre vaniteuse, il eût mieux aimé mourir que de sortir de ce duel sans une égratignure. Il attaquait moins qu'il ne cherchait à se faire blesser.

Aussi Raymond, en dépit de sa prodigieuse supériorité, avait-il besoin de tout son sang-froid et de toute son adresse pour l'empêcher de s'enferrer lui-même. A deux reprises il fut forcé de rompre, et malgré tout, ces attaques furibondes l'animaient, quand par bonheur, voyant un jour, il se fendit et planta dans le gras du bras de M. Bizet de Chenehutte le plus aimable des coups d'épée.

—Touché!... s'écria l'intéressant jeune homme en lâchant son arme et en se laissant tomber à la renverse entre les bras de ses témoins qui, à la vue du sang, s'étaient précipités vers lui...