C'était un dimanche, et il avait défendu à maître Béru, le bon hôtelier du Soleil levant, d'entrer dans sa chambre, même pour lui annoncer le déjeuner.
Le temps était splendide. Un de ces radieux soleils de la Saint-Martin, si beaux dans la vallée de la Loire, dissipait les dernières brumes et dorait à l'horizon lointain la cime jaunie des grands arbres...
Raymond ouvrit sa fenêtre, et l'air pur, à grands flots, s'engouffra dans sa chambre...
La grande rue des Rosiers était bruyante et animée. La grand'messe venait de finir, et incessamment passaient des groupes de paysannes coquettes, rouges et joufflues sous leur blanc bonnet de mousseline.
Cependant, au lieu de se hâter de s'habiller, comme d'ordinaire, Raymond s'affaissa dans un grand vieux fauteuil que l'aubergiste du Soleil levant avait fait venir de Saumur à son intention.
Les dernières paroles de M. de Boursonne: «Elle serait ma femme», retentissaient encore à son oreille, remplissaient sa pensée et vibraient dans son âme.
—Oui, se répétait-il, comme pour s'encourager, oui, il faut qu'elle soit ma femme.
C'est qu'il n'en était plus à batailler avec lui-même, à essayer de s'abuser. Il aimait Mlle Simone de Maillefert.
Il l'aimait de cet amour unique et absolu qui envahit l'être entier, qui s'empare despotiquement de toutes les facultés, qui remplit l'existence, et qui, selon qu'il est heureux ou malheureux, fait de celui qu'il possède le plus fortuné ou le plus misérable des mortels.
Mais elle, Mlle Simone, l'aimait-elle? l'aimerait-elle jamais?...