Point n'était besoin de ce conseil pour que Raymond se mit l'esprit à la torture.

Resté seul, il finit de déjeuner en quelques bouchées, alluma un cigare et sortit.

C'était, se disait-il, pour profiter du beau soleil, qu'il sortait, pour être libre, seul et plus maître de ses pensées.

Seulement, le hasard—il a toujours de ces caprices, le hasard—le conduisit de l'autre côté de la Loire, et lui fit prendre un petit sentier qui le mena justement sur une hauteur d'où il dominait les jardins de Maillefert et une partie du parc.

De là, il apercevait distinctement, se promenant le long des terrasses ou s'appuyant aux balustrades de marbre, les hôtes du château, les amis que la duchesse avait amenés de Paris.

Ils étaient une douzaine, hommes et femmes, et d'après leurs gestes, on pouvait aisément imaginer qu'ils n'engendraient pas la mélancolie.

Pour la première fois, Raymond sentit au cœur l'aiguillon de l'envie.

Il envia ces jeunes messieurs qu'il apercevait, causant et riant. Mme de Maillefert ne les haïssait pas, eux. Tandis que, lui, la porte du château lui était peut-être à tout jamais fermée. Il avait droit à une visite de politesse, ou, pour mieux dire, il la devait, mais lorsqu'il se présenterait, quelque laquais insolent lui répondrait que madame la duchesse n'était pas visible, il remettrait sa carte cornée, et tout serait dit.

Ce qui le consolait un peu, c'était l'absence de Mlle Simone. Il ne la voyait pas dans le jardin. Où pouvait-elle être?

Il se demandait comment le savoir, songeant vaguement à courir se poster sur le passage de la jeune fille, lorsque, sans qu'il eût besoin de questionner, il fut renseigné par deux paysans qui se croisèrent à dix pas de lui, sur le chemin.