A grand'peine, et de ses deux mains appuyées sur sa poitrine, Raymond essayait de comprimer les battements de son cœur. Enfin elle se présentait, cette occasion de parler qu'il avait appelée de tous ses vœux. Et il se sentait la force d'en profiter, car l'excès même de la passion lui rendait quelque sang-froid, de même que l'excessif danger donne aux plus poltrons une sorte de courage...
Mais il n'avait pas prononcé dix syllabes, que Mlle Simone l'interrompit.
Elle aussi, la pauvre jeune fille, elle était affreusement émue, et à sa pâleur et à la contraction de ses lèvres, on pouvait voir quelle violence elle se faisait:
—Monsieur, commença-t-elle, c'est bien vous, n'est-ce pas, qui, le soir du bal donné par ma mère, êtes entré dans le salon de miss Lydia?...
—Un domestique m'en avait ouvert la porte, mademoiselle...
—Je sais... En ce moment, ma mère et moi nous nous trouvions dans la pièce voisine, nous avions une discussion... fâcheuse, et nous croyant seules nous parlions assez haut...
Raymond était devenu blême.
Son indiscrétion avait été involontaire. Assurément, sans M. de Boursonne, il se serait enfui en se bouchant les oreilles aux premiers mots arrivés jusqu'à lui.
Seulement, il ne pouvait pas dire cela, et, en cette circonstance, mentir lui répugnait comme une indignité.
—Vous parliez haut, c'est vrai, mademoiselle, balbutia-t-il.