—Mon Dieu!... s'écria-t-elle, que c'est donc amusant de voir cette chère duchesse et cet excellent M. Philippe s'occuper de politique!...

Et tout de suite, avec cette volubilité fiévreuse des gens qui redoutent les trahisons du silence, elle se mit à parler des événements dont Paris était le théâtre.

Elle en pouvait parler pertinemment, disait-elle, ayant reçu le matin même une lettre de son mari.

Le duc de Maumussy ne lui dissimulait pas qu'il était mécontent, sinon inquiet, de la tournure des choses. Selon lui, le gouvernement impérial s'engageait dans une voie sans issue. L'empereur fermait l'oreille aux conseils de ses anciens amis, pour écouter des charlatans politiques sans portée. L'influence de l'impératrice amenait au pouvoir des hommes d'une maladresse si incroyable qu'elle avait un faux air de trahison.

—Je m'étais trompé, pensait Raymond, cette femme n'a pas été envoyée par mes ennemis... Si elle savait qui je suis et quel est mon passé, elle ne parlerait pas ainsi devant moi...

Quoi qu'il en fût, ce ne devait pas, ce ne pouvait pas être un intérêt médiocre, qui arrachait ainsi la duchesse de Maumussy à ses habitudes de silencieuse torpeur.

Car c'en était fait de sa nonchalance hautaine. Tout son être vibrait.

Le buste rejeté en arrière, la joue ardente, les narines gonflées, le sein haletant, elle parlait, d'une voix brève et saccadée qui ne souffrait ni réplique ni contradiction.

Et il fallait entendre les commentaires dont elle accompagnait la lettre de son mari et de quels sarcasmes elle cinglait ce mari et ses amis, et les hommes au pouvoir, et les ministres, et la cour, et l'impératrice et l'empereur!

—Tudieu! quelle commère! pensait M. de Boursonne.