—Madame la duchesse attend ces messieurs, prononça-t-il.
—Allez, dit à Raymond M. de Boursonne, je reste ici à vous attendre.
C'est dans une sorte de boudoir, ouvrant à la fois sur son cabinet de toilette et sur sa chambre à coucher, que la duchesse de Maillefert avait ordonné qu'on lui amenât Raymond.
Elle venait précisément de se mettre à sa toilette de l'après-midi, lorsqu'on lui avait montré la carte de visite remise au valet de pied par M. de Boursonne.
Furieuse, elle avait renvoyé sa femme de chambre, ne prenant que le temps de relever ses cheveux—les siens seulement,—de passer un ample peignoir de mousseline, garni de dentelles, magnifique jadis, maintenant fané et fripé.
Rien de moins séduisant, de moins gracieux et de moins noble que cette grande dame ainsi arrachée brusquement à l'œuvre capitale de son existence.
Dépouillée des artifices savants de la coquetterie la plus raffinée, elle apparaissait telle qu'elle était réellement, telle que l'avaient faite les années d'abord, puis l'abus du fard, des cosmétiques et des eaux de beauté, et plus encore les fêtes continuelles, les nuits passées, les âcres soucis d'argent, les poignantes émotions du jeu, enfin toutes les agitations d'une vie à outrance.
C'est assise dans un vaste fauteuil, près du feu, les jambes allongées sur un coussin de velours, qu'elle reçut Raymond.
Dès qu'il entra, après l'avoir toisé de la tête aux pieds:
—Vous êtes seul, monsieur? fit-elle d'une voix aigre.