—Simone!... criait Mme de Maillefert, Simone, vous devenez folle...

—C'est par les journaux, continuait la jeune fille, qu'on avait ici de vos nouvelles. Je ne les lisais pas, mais les gens du pays prenaient un détestable plaisir à me féliciter de ce qu'ils appelaient vos brillants succès. Par eux, malgré moi, j'étais informée de tout.

«On parlait de mon frère, du duc de Maillefert, comme d'une sorte de palefrenier millionnaire, vaniteux et inintelligent, joueur et débauché, plastron de tous les mauvais plaisants, dupe d'élection de tous les aventuriers qui le flagornaient et vivaient à ses dépens.

«Vous, ma mère, on vous citait toujours parmi les reines de la mode, qui, à ce que prétendent les couturières, donnent le ton, dont on décrit les toilettes, dont on célèbre la beauté, l'élégance, le goût, le luxe, dont on raconte les aventures et les bons mots, femmes folles ou mauvaises femmes, qui payent leur renommée de leur réputation.

«Si bien que je me demandais quelle mère vous étiez, pour souffrir la conduite de votre fils, et quel fils était Philippe, pour tolérer la conduite de sa mère!...

Épouvanté du choc de ces deux colères, l'une indigne, l'autre, trop légitime, hélas! Raymond était presque tenté d'essayer d'arrêter Mlle Simone...

Ne se perdait-elle pas, par cette violence extraordinaire!...

—Ah! je me vengerai! râlait la duchesse, vous me payerez cher cette humiliation!...

Mais loin de paraître s'effrayer de ces menaces, Mlle de Maillefert redressait plus haut la tête, toujours plus haut, provoquant sa mère d'un regard de défi.

Elle l'avait dit, elle se révoltait, et pareille à l'esclave qui vient de briser sa chaîne, elle semblait incapable de garder aucune mesure.