De grosses larmes roulaient le long des joues de Raymond, et ému d'une émotion inexprimable:

—Ah! vous m'avez jugé comme je dois l'être... murmurait-il.

Mais Mlle Simone ne semblait pas l'entendre. Elle poursuivait, tenant toujours la duchesse de Maillefert immobile sous son regard:

—Indignée, humiliée, révoltée, je rejetai bien loin jusqu'à l'idée de cette transaction honteuse, de cet abominable marché. Je vous jurai qu'à ce prix, jamais je ne serais la femme de Raymond Delorge.

«Vous ne vouliez pas me croire. L'énergie de mes protestations vous faisait sourire. Vous me disiez d'un air ironique:—Ce n'est pas ton dernier mot. Tu réfléchiras. Tu reconnaîtras que mon consentement t'est indispensable. Un jour viendra où tu me le demanderas à genoux, et prends garde que ce jour-là je ne veuille plus te le donner au même prix!...

—C'est indigne! pensait Raymond, indigne!...

—Il est vrai, continuait Mlle Simone, que, pour m'amener à capituler, vous ne négligiez rien. Dans le temps où vous mettiez à votre consentement d'inacceptables conditions, vous preniez à tâche d'exalter les espérances de M. Delorge. Ah! que n'ai-je parlé, alors! Que n'ai-je su prendre sur moi d'arracher comme aujourd'hui tous les voiles! Mais je ne pouvais pas, je n'osais pas... Accuser ma mère, la montrer telle qu'elle est véritablement, me paraissait un crime. Et je ne savais que fuir M. Raymond Delorge, qui ne comprenait rien à ma soudaine froideur.

«Et ma raison, pourtant, me disait que tout n'était pas fini. Je sentais que, si vous ne fermiez pas votre porte à M. de Boursonne et à M. Delorge, c'est que vous n'aviez pas renoncé à l'espoir de triompher de mes résistances, c'est que vous méditiez quelque chose. Et si mes pressentiments ne m'eussent pas prévenue, votre amie, la duchesse de Maumussy, m'eût avertie...

Mme de Maillefert, instinctivement, se rejeta en arrière, et troublée au delà de toute expression:

—Clélie vous a parlé!... interrompit-elle, Clélie vous a dit...