N'importe! elle n'était pas d'un caractère à se rendre sans combat, en cette occasion surtout, où se trouvaient engagés les intérêts sacrés de son égoïsme.

Dissimulant donc, ou plutôt croyant dissimuler très habilement à sa nièce les affreuses perplexités qui la déchiraient, elle se retira de meilleure heure que de coutume. Elle sentait le besoin d'être seule, pour réfléchir, pour chercher une issue à son intolérable situation.

Certes, les avantages de ses adversaires étaient considérables, mais les siens n'étaient pas à dédaigner. Elle se voyait quelques jours encore de répit, et Mlle de Lespéran était toujours en son pouvoir.

Bientôt elle s'imagina avoir trouvé une solution.

Qui l'empêchait de quitter Vendôme avec Élisabeth? Pourquoi n'iraient-elles pas s'établir dans quelque ville d'eaux jusqu'au changement de garnison du régiment de Pierre Delorge?...

Il en coûterait évidemment une grosse somme d'argent, car la vie est hors de prix dans les stations thermales, mais ce sacrifice lui semblait léger, comparé à un isolement dont la seule perspective la glaçait d'effroi.

Elle ne pouvait d'ailleurs s'empêcher de rire à l'idée de la singulière figure que ferait le baron de Glorière lorsqu'il se présenterait chez elle et qu'on lui répondrait:

—Mademoiselle et sa nièce sont en voyage pour plusieurs mois.

Beau rêve!... rêve trop beau pour qu'il se réalisât. La vieille fille ne s'en aperçut que trop le lendemain.

Debout avant le jour, son premier mouvement fut de sonner sa nièce—car elle la sonnait—et de lui annoncer leur départ pour le jour même, lui ordonnant de tout préparer pour un long voyage et de se hâter de faire ses malles...