«Toutes mes prévisions, tous mes calculs se trouvaient renversés par ces quelques mots de la bonne qui m'avait ouvert: Mme Cornevin est chez son amie Mme Delorge.

«Ma femme, la femme du pauvre palefrenier Cornevin, amie de la veuve du général Delorge!... Était-ce possible? Était-ce vraisemblable?...

«Julie, je ne l'ignorais pas, m'était supérieure par l'intelligence, c'était elle qui était la tête de notre ménage, mais elle était, de même que moi, sans éducation, sans instruction; comment donc une dame distinguée pouvait-elle l'admettre dans son intimité à ce point de passer avec elle des journées entières?...

«Puis où ma femme avait-elle pris assez d'argent pour s'établir dans un quartier où les moindres appartements coûtaient trois ou quatre mille francs par an?

«Ces réflexions, et bien d'autres encore, me décidèrent à me renseigner avant de me montrer.

«Ami Pécheira, j'avais été un ingrat de douter de la justice et de la bonté de Dieu. Pour sauver ma femme et mes enfants, il fallait un miracle, n'est-ce pas? Eh bien! le miracle avait eu lieu.

«Le jour où je manquais à ma famille, elle trouvait pour me remplacer la plus noble, la meilleure, la plus généreuse des femmes, la veuve du général Delorge assassiné sous mes yeux.

«Mme Delorge avait recueilli ma femme, l'avait consolée, encouragée, lui avait donné de quoi vivre d'abord, et lui avait fourni ensuite les moyens de s'établir.

«Elle avait pris à sa charge mon fils aîné Léon, et le faisait élever avec son fils et exactement comme son fils.

«Et elle avait découvert pour se charger de l'éducation de mon second fils, Jean, un brave et digne bourgeois, M. Ducoudray.