C'était aisé à conseiller.
Seulement le vieil ingénieur avait, depuis longtemps, soufflé la bougie, que Raymond repassait encore dans son esprit les événements de cette journée, la plus décisive de sa vie.
De cette journée, anniversaire de la mort de son père, commencée par son entrevue avec la duchesse de Maillefert, terminée par la lettre de Jean Cornevin.
Et ce qui le désolait, c'était de ne pouvoir détacher sa pensée de Mlle Simone; de ne pouvoir, quelque effort de volonté qu'il fît, la reporter à Laurent, à cet obscur héros qui venait de lui être révélé.
Sur ce point, dès qu'il entra, le lendemain, dans la petite salle du Soleil levant, il fut édifié.
Maître Béru devait tout savoir; il n'y avait pas à se méprendre à son air finaud, non plus qu'aux attentions exagérées dont il entourait Raymond, et qui étaient l'expression de ses dolentes sympathies.
En homme pour qui le pays n'a pas de mystère, il racontait que, depuis l'arrivée de madame la duchesse et de son fils, Mlle Simone battait le rappel des écus de tous les côtés, qu'elle demandait des avances à ses fermiers, qu'elle vendait des coupes avant le temps, qu'elle avait emprunté de l'argent chez des notaires d'Angers, enfin qu'elle se dépouillait si bien qu'il finirait par ne plus lui rester que les yeux pour pleurer.
Et jetant à Raymond un regard d'intelligence:
—Maintenant, concluait l'hôtelier du Soleil levant, on conçoit que Mme de Maillefert ne veuille pas que sa fille se marie, et que même, pour éloigner les prétendants, elle débite des infamies à faire dresser les cheveux sur la tête. Un mari défendrait la pauvre demoiselle...
M. de Boursonne se frottait les mains: