—Que pensera-t-on, dans le pays, quand on vous verra abandonner votre situation pour demeurer près de Mlle de Maillefert? Croyez-vous que sa réputation n'en souffrira pas? A votre place, avant de rien décider, je prendrais son avis...
Mais Raymond en avait assez des angoisses où il se débattait, des indécisions perpétuelles, des énervantes alternatives de crainte et d'espoir.
—A quoi bon consulter Mlle Simone! répondit-il. Peut-elle me conseiller de briser ma carrière? Peut-elle, en me conseillant de rester, me sacrifier toutes ses pudeurs de jeune fille?... Elle me demanderait de céder, cette fois encore, de l'abandonner, de partir... et je ne le veux pas.
Et, d'une main ferme, il signa la démission qu'il venait de libeller, une de ces démissions sur lesquelles il n'y a pas à revenir.
—Qui eût cru, pourtant, mon cher Delorge, disait le vieil ingénieur, que j'achèverais sans vous ces études qui seront l'œuvre capitale et l'honneur de ma vie?...
La soirée qu'ils passèrent ensemble, et qui devait être la dernière, ne fut cependant pas trop triste, chacun d'eux mettant son amour-propre à faire parade d'un stoïcisme bien loin de son cœur.
Mais le lendemain matin, à la gare, le moment de la séparation venu, il n'était plus question de stoïcisme.
C'est les larmes aux yeux, que le vieil ingénieur embrassait son «jeune ami».
—Ah çà! lui disait-il, j'espère bien que vous viendrez me rendre visite. Allons, adieu, et bon courage! Et pas de folies, morbleu! Et si je puis vous être bon à quelque chose, un mot, et j'accours...
Le train était déjà hors de vue, que Raymond demeurait encore sur le quai, immobile, regardant d'un œil morne les derniers tourbillons de fumée rouler en spirales, s'éparpiller et se dissoudre.