—Mais il ne m'aura pas tenu parole, assurément, se disait Raymond, lorsqu'il sortit de chez sa mère, le lendemain matin, pour se rendre rue de Grenelle.
C'était le 30 décembre, vers les huit heures...
Encore bien qu'il ne plût pas, le temps était détestable, il faisait froid, et à chaque pas on glissait sur le pavé boueux.
Pourtant, devant toutes les boutiques de marchands de journaux, des gens stationnaient qui discutaient avec une certaine animation.
Machinalement, Raymond s'arrêta près d'un de ces groupes.
On s'y entretenait de Tropmann, dont le sinistre procès se déroulait devant la cour d'assises de la Seine, mais on s'y préoccupait bien plus de la situation politique.
Il y avait alors quarante-huit heures que l'empereur avait chargé M. Émile Ollivier de constituer un ministère «d'ordre et de liberté», et comme on était sans nouvelles précises de cette mission, dame! on s'inquiétait.
Les bruits les plus saugrenus—de ces bruits comme il n'en éclôt qu'à Paris, aux environs de la Bourse—circulaient. Selon les uns, M. Émile Ollivier avait échoué, toutes ses avances avaient été repoussées, et il venait de donner sa démission. Selon les autres, il avait fait accepter à l'empereur un cabinet composé de ses anciens amis de la gauche. D'autres encore, qui se prétendaient les mieux informés, affirmaient que M. Rouher allait revenir aux affaires avec un ministère à poigne.
Il était manifeste qu'il régnait dans tous les esprits une certaine inquiétude.
Depuis les dernières élections, l'incertitude de l'avenir avait paralysé toutes les grandes affaires, ralenti le mouvement de la haute industrie et intimidé les capitaux, poltrons de leur nature et toujours prêts à rentrer sous terre à la moindre alerte.