Et après bien des perplexités et de longues délibérations, le commandant Delorge prit un congé de quinze jours et partit pour Vendôme.
Déjà, le baron y était presque oublié. Il s'y trouvait des gens qui étaient bien aises de n'avoir plus à éviter son petit œil perspicace ou à subir son persiflage familier.
Mais son souvenir se réveilla avec une vivacité singulière, le matin où les désœuvrés aperçurent, s'étalant sur les murs, d'immenses affiches jaunes où on lisait en gros caractères:
VENTE
AUX ENCHÈRES PUBLIQUES
des Meubles anciens, Tableaux, Statues, Gravures, Bronzes, Faïences,
Tapisseries, Armes, Livres, etc.,
AYANT COMPOSÉ LES COLLECTIONS DE
M. LE BARON DE GLORIÈRE
L'idée de cette vente, annoncée comme devant avoir lieu à Tours, à la fin du mois, faisait sourire les bourgeois positifs.
—Ah ça! disaient-ils, les héritiers de ce vieil original s'imaginent donc sérieusement qu'il a entassé des trésors dans sa masure de Glorière!
A quoi d'autres, hochant la tête, répondaient:
—Bast! on tirera toujours un millier d'écus de ces antiquailles... Seulement, il fallait les vendre ici. Les frais d'affiches et de transport absorberont le produit...
Ce n'était pas l'avis du commandant Delorge.
Sans être ce qu'on appelle un connaisseur, il avait été souvent frappé de la beauté de certains objets. Il avait de plus trop confiance en l'intelligence de M. de Glorière pour admettre qu'il se fût si longtemps et si étrangement abusé sur la valeur de ce qu'il possédait.