La digne gouvernante tressaillit.
—Jamais! répondit-elle. Mais moi, une fois, j'ai osé lui en parler... Ah! monsieur, pour la première fois de sa vie, mademoiselle m'a traitée durement. «Si tu prononçais encore ce nom, m'a-t-elle dit, je serais forcée de me séparer de toi!»
C'est par un geste désespéré que Raymond accueillit cette réponse.
—Elle vous a dit cela!... balbutia-t-il. Et moi, miss, si vous saviez ce que je voulais vous demander... Je voulais vous prier à genoux, à mains jointes, de dire à Mlle Simone que je vous ai rencontrée, que je suis désespéré, que je donnerais ma vie pour la voir, pour lui parler, ne fût-ce que cinq minutes...
Brusquement, miss Dodge l'arrêta. Elle était émue, la digne fille, sincèrement, et toute bouleversée de cette grande passion, comme elle n'en avait pas, hélas! inspiré.
—Ce soir même, dit-elle, à tous risques, je ferai ce que vous me demandez. Adieu!
III
C'était de la part de miss Dodge une si terrible dérogation à ses principes sévères et un tel acte de courage que Raymond demeurait confondu de la promptitude de sa résolution.
Ce n'était pas précisément le «pain de ses vieux jours» qu'elle allait risquer, car il était clair que jamais Mlle Simone ne laisserait manquer de rien sa dévouée gouvernante, mais elle allait s'exposer à une séparation dont l'idée lui était plus pénible que celle de la mort.
Et Raymond qui ne l'avait seulement pas remerciée, qui l'avait laissée s'éloigner sans savoir où et comment elle lui apprendrait le résultat de sa démarche!...