[Illustration:—Voici, dit-elle, une lettre pour M. Raymond Delorge.]

On avait fait venir la garnison de Versailles. Des troupes étaient massées au Champ-de-Mars et au palais de l'Industrie. Des sergents de ville étaient groupés des deux côtés de la porte Maillot.

Dès sept heures, de son côté, dans tous les quartiers de Paris, la foule s'était mise en mouvement et roulait vers Neuilly, cohue immense, où tous les âges et toutes les conditions se confondaient.

Des marchands de journaux circulaient à travers tout ce monde, ils vendaient la Marseillaise et l'Éclipse, qui représentaient Victor Noir mort, et ils criaient:

—A deux sous, le cadavre, à deux sous!...

Il était une heure alors. L'instant critique approchait.

Allait-on laisser le corbillard se rendre paisiblement au cimetière de Neuilly?

Fallait-il prendre la bière sur les épaules et, le revolver à la main, marcher sur Paris?...

Autour de la dépouille mortelle de Victor Noir, ses amis délibéraient.

Poussé par la foule jusqu'au premier rang, et même, à un moment, jusqu'à l'intérieur de la maison mortuaire, Raymond se trouvait à même de suivre toutes les péripéties de ce drame émouvant et terrible.