Il allait sans doute rouler à terre, ce qui, en ce moment et en cet endroit pouvait être la mort, lorsqu'à ses côtés surgit cet Anglais qu'il avait vu, dans l'atelier, offrir du rhum à Rochefort.

D'un seul coup de poing en pleine poitrine, il rejeta comme une masse l'homme en blouse dans la mêlée, et tendant la main à Raymond, à demi étranglé:

—Dans une foule comme celle-ci, dit-il froidement, il ne faut jamais se laisser saisir.

—Monsieur, commença Raymond, vous venez probablement de me sauver la vie...

—J'en serais heureux, interrompit l'Anglais; mais il n'en est rien, je vous assure, et ce léger service ne vaut pas un remercîment... Mais pardon de vous quitter, voici le char qui s'éloigne, et je ne veux pas perdre un détail de la cérémonie.

Le char funèbre, en effet, venait de se mettre en marche, et lentement, péniblement, ballotté par les incessants remous de la foule, il cheminait le long de l'avenue, vers le petit cimetière de Neuilly.

Derrière, immédiatement, marchaient Rochefort et M. Ulrich de Fonvielle dont le paletot était littéralement en lambeaux.

Et instinctivement, des milliers et des milliers de gens, poussés, la tête nue et les pieds dans la boue, suivaient.

Le mouvement était d'une lenteur extrême, mais à ce point irrésistible, que Raymond avait été entraîné.

Faute d'avoir pu se dégager, il suivait, lui aussi.