Et les meurtriers de son père n'étaient-ils pas les mêmes misérables qu'il soupçonnait d'avoir ourdi la ténébreuse intrigue où périssait Mlle de Maillefert?
L'Empire avait fait et faisait toujours leur audace et leur impunité. Eh bien! Raymond irait grossir les rangs des ennemis de l'Empire, non plus des ennemis platoniques et discrets qui le combattaient avec les seules forces de la justice et de la pensée, mais des ennemis frénétiques, toujours en guerre ouverte, toujours en armes, toujours prêts à se ruer par n'importe quelle brèche...
Le moment était d'ailleurs propice à de telles résolutions.
Ainsi que l'avait prévu Me Roberjot, l'ébranlement causé par la mort de Victor Noir et par les scènes de ses funérailles, bien loin de s'atténuer, s'accentuait...
C'est que le cabinet du 2 janvier n'avait pas lu cet événement dans l'avenir, le jour où il acceptait la direction des affaires...
La force des choses le lançait sur une pente fatale et il la suivait, sans se rendre compte assurément de ce qu'il y avait au bout.
Ainsi, la Chambre ayant autorisé des poursuites contre Rochefort, en raison de son article de la Marseillaise, il fut poursuivi et condamné à six mois de prison et à 3,000 fr. d'amende. C'était le 22 janvier.
Cependant on ne pensait pas, dans le public, que ce jugement dût être exécuté, du moins immédiatement.
Erreur!...
Le 7 février, Raymond se rendait aux nouvelles, au palais Bourbon, lorsque sur le quai il rencontra Me Roberjot, lequel, tout chaud encore de la discussion, vint à lui.