«Vous qui venez vous informer de M. de Lespéran, êtes-vous l'homme que je suppose? êtes-vous l'ancien associé de M. Pécheira? Si oui, faites, au nom du ciel, que je puisse vous voir, vous parler. Ai-je besoin de vous jurer le plus profond secret? Mon bonheur, ma vie sont en jeu...»

Cette supplique si pressante, Raymond la mit sous enveloppe, et après l'avoir cachetée de façon à défier la curiosité la plus ingénieuse, il la confia à la concierge de la rue de Grenelle-Saint-Germain, en la priant de la remettre à la première personne qui viendrait le demander.

Assurément, c'était un chétif espoir que celui-là, mais enfin c'était un espoir, et il lui donna le courage de paraître s'intéresser à l'installation que lui préparait sa mère.

Ravie de voir son fils se fixer à Paris, près d'elle, et le trouvant trop à l'étroit dans sa chambrette d'étudiant, Mme Delorge venait de louer, à son intention un petit appartement qui joignait le sien, et qui en fit complètement partie, après qu'on eut ouvert une porte de communication.

Là, elle se plut à décorer deux pièces, une chambre à coucher et un cabinet de travail, dont elle fit une merveille, grâce aux tableaux et aux objets de haute curiosité qui lui restaient de la succession du baron de Glorière.

Dans ce même cabinet, elle fit transporter le portrait du général Delorge.

—Il te revient de droit, dit-elle à son fils. Il te rappellerait le passé et ton devoir, si jamais tu venais à oublier....

Non, il n'était pas de danger qu'il oubliât!

Chaque jour qui s'était écoulé depuis un mois avait ajouté à sa haine une goutte de fiel et exalté sa rage de vengeance. Tenir enfin Combelaine et Maumussy et les écraser, était l'idée fixe qui obsédait son cerveau.

C'est ce but qu'il poursuivait, lorsque mettant en réquisition les influences de Me Roberjot, il s'était fait affilier à une des sociétés sécrètes qui travaillaient au renversement de l'Empire.