Autour du tapis vert, tous les joueurs avaient changé de place—cela déroute le hasard, assure-t-on—et Pascal se trouva assis, non plus à la droite de Fernand, mais en face, entre deux hommes de son âge, dont l’un était celui qui avait prononcé le mot d’exécution.
Tous les yeux étaient fixés sur le malheureux avocat, lorsqu’il prit la main. Il fit deux cents louis et les perdit.
Il y eut comme un ricanement autour de la table, et un de ceux qui perdaient le plus, dit entre haut et bas:
—Ne regardez donc pas tant Monsieur... il n’aura plus de chance.
Cette phrase ironique, injurieuse par l’intonation autant qu’un soufflet, fit éclater dans le cerveau de Pascal une épouvantable lueur.
Il soupçonna enfin ce qu’un autre, moins parfaitement honnête, eut compris depuis longtemps déjà... Mais il est de ces accusations dont la possibilité ne saurait entrer dans l’entendement d’un galant homme.
L’idée lui vint de se lever, de provoquer une explication, mais il était anéanti et comme écrasé par l’horreur de sa situation. Ses oreilles tintaient, il lui semblait que les battements de son cœur étaient suspendus, il éprouvait à l’épigastre la sensation d’un fer rouge...
Le jeu allait son train, mais personne n’y était; les mises restaient insignifiantes; ni perte ni gain n’arrachaient une exclamation.
Toute l’attention se concentrait sur Pascal, fiévreuse, haletante, et lui, d’un œil plein d’angoisse, il suivait le mouvement des cartes, qui passaient de main en main et qui allaient lui arriver...
Quand elles lui arrivèrent, le silence se fit, solennel, plein de menaces, sinistre en quelque sorte.