Il s’y connaissait en escrocs, cet homme si riche que sa passion avait traîné dans tous les tripots de l’Europe. Il avait coudoyé les grecs de tous les étages, ceux qui ont voiture et ceux qui n’ont pas de bottes.

Il avait assisté à bien des exécutions. Il connaissait le voleur qui avoue et se roule aux genoux de sa dupe; le tricheur qui avale les billets escroqués, le gredin qui tend le dos au bâton, et le fripon qui lave la tête avec l’accent indigné de l’honnête homme...

Mais jamais, à aucun de ces misérables le baron n’avait vu le fier regard dont cet innocent venait de foudroyer ses accusateurs.

Préoccupé de cette remarque, le baron fit signe de s’approcher à celui des joueurs qui avait saisi les poignets de Pascal.

—Sérieusement, lui demanda-t-il, avez-vous vu ce malheureux glisser des cartes dans le jeu?

—Pour cela, non. Mais vous savez bien ce dont on était convenu au souper?... Nous étions sûrs qu’il volait, il fallait un prétexte pour compter les cartes.

—S’il n’était pas coupable, pourtant!

—Qui donc le serait?... Il était le seul à gagner.

A ce terrible argument qui déjà avait écrasé Pascal, le baron ne répondit pas. Aussi bien, son intervention devenait nécessaire. On commençait à élever la voix autour du tas d’or et de billets que Pascal avait laissé devant sa place.

On l’avait compté, on y avait trouvé 36,320 francs, et il s’agissait de les répartir entre les perdants... C’est à ce sujet qu’on ne s’entendait plus.