Le docteur Jodon—il se nommait ainsi—était un ambitieux qui jouait un rôle. Élève d’un «prince de la science» plus célèbre par l’argent qu’il gagne que par ses cures, il copiait les façons de son maître, son costume, son geste et jusqu’à ses inflexions de voix.
Jetant aux yeux la même poudre que son modèle, il espérait obtenir les mêmes résultats, une grande clientèle et la fortune.
Cependant, au fond de lui-même, il ne laissait pas que d’être déconcerté. Il n’avait pas, à beaucoup près, jugé l’état du comte de Chalusse si grave qu’il l’était en réalité.
Ni les saignées, ni les ventouses sèches ne rendirent au malade sa connaissance et sa sensibilité. Il demeura inerte; la respiration devint un peu moins rauque, voilà tout.
De guerre lasse, le docteur déclara que les moyens immédiats étaient épuisés, que «les femmes» pouvaient revenir près du comte, et qu’il n’y avait plus qu’à attendre l’effet des remèdes qu’il venait de prescrire et qu’on était allé chercher chez le pharmacien.
Tout autre que cet avide ambitieux eût été ému du regard que lui jeta Mlle Marguerite quand il lui fut permis de rentrer dans la chambre de M. de Chalusse. Lui n’en eut pas seulement l’épiderme effleuré. Il dit tout simplement:
—Je ne puis pas me prononcer encore.
—Mon Dieu!... murmura la malheureuse jeune fille, mon Dieu! ayez pitié de moi!...
Mais déjà le docteur, poursuivant son imitation, était allé s’adosser à la cheminée.
—Maintenant, fit-il, s’adressant à M. Casimir, j’aurais besoin de quelques renseignements. Est-ce la première fois que M. le comte de Chalusse est victime d’un accident comme celui-ci?