—Je dis bien: scrupule, insista-t-il... j’en ai quelquefois. Votre sortie, ce matin, après la scène... déplorable, a fait naître en moi toutes sortes de doutes taquins... Doucement, me suis-je dit, nous avons été peut-être un peu prompts... Ce jeune homme pourrait bien n’être pas coupable.
—Monsieur! interrompit Pascal d’un ton menaçant.
—Pardon... laissez-moi finir. La réflexion, je dois l’avouer, n’a fait que confirmer ma première impression et augmenter mes doutes... Diable! me suis-je dit encore, si ce jeune homme est innocent, le coupable est un des habitués de Mme d’Argelès, c’est-à-dire un homme avec qui je joue deux fois par semaine, avec qui je jouerai lundi prochain... c’est grave cela. Et là-dessus l’inquiétude m’a pris et me voici...
La raison saugrenue que le baron donnait de sa visite était-elle la vraie? C’est ce qu’il était assez difficile de discerner.
—Je suis venu, continuait-il, en me disant que bien certainement l’inspection seule de votre intérieur m’apprendrait quelque chose... Et maintenant que j’ai vu, je jurerais que vous êtes tombé dans un abominable guet-apens.
Il se moucha là-dessus, bruyamment, ce qui ne l’empêcha nullement d’observer le jeu muet de Pascal et de sa mère.
Ils étaient stupéfaits; heureux intérieurement de cette déclaration, mais en même temps pleins de défiance. Il n’est pas naturel qu’on s’intéresse ainsi à un malheureux, si on n’y a pas un intérêt quelconque. Quel pouvait être celui de ce singulier visiteur?
Mais lui ne paraissait aucunement déconcerté de la réserve glaciale qui l’accueillait.
—Il est clair, reprit-il, que vous gênez quelqu’un, et que ce quelqu’un a imaginé ce moyen de se défaire de vous. C’est plus sûr qu’un coup de couteau. L’intention m’a sauté aux yeux en lisant dans le journal le paragraphe qui vous concerne. L’avez-vous lu?... Oui. Eh bien! que vous en semble? Moi, je jurerais que l’article a été rédigé sur une note fournie par votre ennemi... Il y a plus, les détails sont inexacts. Et comme en définitive c’est assez de signer ses méfaits sans endosser les mauvaises actions des autres, je vais écrire un mot de rectification, que je porterai moi-même...
Il dit, et transportant son énorme personne devant le bureau de Paul, il écrivit: