Il rebroussa donc chemin, tout pensif et aussi mécontent de lui que possible.
—Quel imbécile je suis! grommelait-il. Si j’avais tenu cette vieille en suspens au lieu de lui dire brutalement la vérité, je saurais maintenant le but réel de sa visite... Car elle avait un but... Mais lequel?...
C’est à le chercher que le docteur consuma les deux heures qui le séparaient du moment de la seconde visite.
Mais il avait beau parcourir le champ sans limites des probabilités même improbables, il n’imaginait rien qui le satisfît.
Une seule circonstance lui semblait indiscutable: c’est que Mme Léon et Mlle Marguerite attachaient une importance égale à cette question de savoir si, oui ou non, le comte reprendrait connaissance.
Quant à l’intérêt des deux femmes sur ce point, le docteur estimait qu’il n’était pas le même, qu’un secret désaccord existait entre elles, et que même la femme de confiance avait dû venir le trouver en cachette.
Car il n’était dupe qu’à demi de Mme Léon et de ses protestations de tendresse à l’endroit de Mlle Marguerite.
L’entrée de cette respectable personne, ses façons onctueuses, son accent de résignation dévote, cette allusion à un grand nom qu’elle aurait le droit de porter, tout cela était bien calculé pour en imposer; mais elle s’était trop découverte sur la fin pour qu’on ne se défiât pas.
Le docteur Jodon ne s’était pas senti le courage de regagner son superbe appartement, et c’est dans un petit café qu’il réfléchissait ainsi, tout en buvant dans un verre fabriqué en Bavière, d’exécrable bière brassée à Paris...
Enfin, minuit sonna... c’était l’heure.