Souvent, aux heures de récréation, elle me prenait sur ses genoux et me serrait entre ses bras avec une tendresse convulsive, en répétant:

—Chère petite!... chère petite!...

Quelquefois ses embrassements me faisaient mal, mais je me gardais d’en rien laisser paraître, tant j’avais peur de l’affliger davantage... Et même, au dedans de moi, j’étais contente et fière de souffrir par elle et pour elle...

Pauvre sœur!... Je lui ai dû les seules heures heureuses de ma première enfance... On l’appelait la sœur Calliste... Je ne sais ce qu’elle est devenue... Souvent j’ai pensé à elle, quand je me sentais à bout de courage... Et aujourd’hui encore, je ne saurais prononcer son nom sans pleurer...

Elle pleurait en effet, et de grosses larmes roulaient le long de ses joues, qu’elle ne songeait pas à essuyer.

Il lui fallut un effort pour continuer:

—Vous avez déjà compris, monsieur, ce que je ne m’expliquai, moi, que bien plus tard...

J’étais dans un hospice d’enfants trouvés... enfant trouvée moi-même.

Je ne puis dire que rien nous y manquât, et il y aurait ingratitude à ne pas reconnaître que les bonnes sœurs ont le génie de la charité... Mais hélas!... le cœur de chacune d’elles n’avait qu’une somme de tendresse à répartir entre trente pauvres petites filles, les parts étaient bien petites, les caresses les mêmes pour toutes, et moi j’aurais voulu être aimée autrement que toutes les autres, avec des mots et des caresses pour moi seule.

Nous couchions dans un dortoir bien propre, dans des lits bien blancs avec de petits rideaux de cotonnade... au milieu du dortoir, il y avait une bonne vierge qui semblait nous sourire à toutes... L’hiver, nous avions du feu. Nos vêtements étaient chauds et soignés, notre nourriture était bonne. On nous montrait à lire, à écrire, la couture et la broderie.