Je me rendis à ce bureau le cœur palpitant.
J’y trouvai, outre le monsieur blême, Mme la supérieure, un petit homme malingre à l’œil méchant, et une grosse commère à l’air commun et bon.
A l’instant, Mme la supérieure m’apprit que j’étais en présence de M. et de Mme Greloux, relieurs, lesquels ayant besoin de deux apprenties venaient les chercher à l’hospice. On me demandait si je voulais être une de ces deux...
Ah!... monsieur, je crus voir les cieux s’entr’ouvrir, et hardiment je répondis:
—Oui!...
Aussitôt le monsieur à calotte de soie sortit de derrière son grillage pour m’expliquer longuement mes obligations et mes devoirs, insistant et revenant sur tout ce que j’aurais à faire pour reconnaître, moi, misérable enfant trouvée, élevée par la charité publique, la générosité de ce bon monsieur et de cette bonne dame qui voulaient bien se charger de moi et m’employer dans leur atelier.
Je ne discernais pas clairement, je l’avoue, cette grande générosité qu’on m’exaltait, ni les raisons d’une reconnaissance anticipée.
N’importe! A toutes les conditions qui m’étaient posées, je répondais de si grand cœur: «oui, oui, oui!...» que la femme du relieur en parut toute réjouie.
—On voit que la petite aura du goût pour la partie... dit-elle.
Alors, Mme la supérieure se mit à détailler longuement à cette femme les obligations que, de son côté, elle contractait, répétant à satiété que j’étais un des meilleurs sujets de l’hospice, pieuse, obéissante, attentive, point bavarde, lisant et écrivant dans la perfection, et sachant broder et coudre comme on ne coud et brode que dans les communautés religieuses.