Je ne saurais rendre à cette heure la surprise et l’indignation que j’éprouvai alors...

Je devinais, je sentais, une voix au-dedans de moi me criait que c’était mon sort, mon avenir, ma vie, qui s’agitaient et se décidaient en ce moment... et je n’étais même pas consultée.

On disposait de moi, comme si on eût été sûr que je ne pouvais refuser mon assentiment après qu’on se serait engagé pour moi.

Mon orgueil se révoltait à cette idée, mais mon esprit ne me fournissait pas une parole pour traduire ma colère. Rouge, confuse, furieuse, je me demandais comment intervenir quand tout à coup la délibération cessa et je fus entourée de tous ces messieurs.

L’un d’eux, un petit vieux, qui avait un sourire béat et des yeux étincelants, me tapa doucement sur la joue en disant:

—Et elle est aussi sage que jolie!

Je l’aurais battu ce petit vieux, mais les autres approuvèrent, sauf pourtant M. de Chalusse, dont l’attitude devenait de plus en plus glaciale, et qui avait aux lèvres ce sourire contraint de l’homme bien élevé résolu à ne se froisser de rien.

Il me parut qu’il souffrait, et je sus plus tard que je ne m’étais pas trompée.

Loin d’imiter la familiarité du vieux monsieur, il me salua gravement avec une sorte de respect qui me confondit, et sortit en déclarant qu’il reviendrait le lendemain pour en finir.

J’étais enfin seule avec Mme la supérieure, j’allais pouvoir l’interroger; elle ne m’en laissa pas le temps, et la première, avec une volubilité extraordinaire, elle se mit à m’expliquer mon bonheur inouï, preuve irrécusable et manifeste de la protection de la Providence.