—Vous voyez, mes chères filles, où mène une bonne conduite... Soyez sages autant que notre chère Marguerite, et Dieu vous récompensera comme elle....

Et moi, roide sous mes superbes atours, plus qu’une momie sous ses bandelettes, les bras écartés du corps, pâle d’appréhension, j’attendais.

J’attendais M. de Chalusse, qui devait venir me prendre après avoir terminé toutes les formalités qui allaient substituer son autorité à l’autorité de la commission administrative de l’hospice.

Une heure sonna, M. le comte de Chalusse parut...

C’était bien lui, tel que je l’avais entrevu, tel qu’il assiégeait ma mémoire. C’était ce même flegme hautain qui m’avait glacée, ce même œil impassible...

A peine daigna-t-il me regarder, et moi, qui l’observais avec une anxiété poignante, je ne pus lire sur son visage ni approbation ni blâme.

—Vous voyez, monsieur le comte, dit Mme la supérieure en me montrant, que vos intentions ont été scrupuleusement suivies.

—Je vous en remercie, ma sœur, dit-il, et c’est à vos pauvres que je prouverai l’étendue de ma reconnaissance.

Puis, se retournant vers moi:

—Marguerite, me dit-il, prenez congé de... vos mères, et dites-leur bien que vous ne les oublierez jamais...