—Il faut que je voie où en est l’inventaire, dit le vieux juge à Mlle Marguerite, excusez-moi de vous quitter une minute... je reviens.
Et il sortit.
Mais c’était là un prétexte. La vérité est qu’il désirait surtout dissimuler son émotion. Profondément remué par le récit de cette pauvre jeune fille, il voulait se remettre, et reprendre avec son sang-froid sa perspicacité habituelle.
Et il en avait besoin, la situation lui paraissant bien plus compliquée depuis que Mlle Marguerite lui avait parlé de ces héritiers, de ces ennemis mystérieux qui avaient empoisonné l’existence de M. de Chalusse.
Il était clair que ces gens-là arrivant à la curée voudraient savoir ce qu’étaient devenus les millions du secrétaire.
A qui les redemanderaient-ils? A Mlle Marguerite, bien évidemment. Quelles tracasseries ne lui susciteraient-ils pas!...
Ainsi pensait le vieux juge de paix tout en écoutant le rapport de son greffier.
Ce n’était pas le tout, d’avoir provoqué les confidences de Mlle Marguerite, il avait à rechercher quel parti elle pouvait tirer de son étrange et douloureuse situation, il avait à la conseiller, à la guider...
Il était redevenu l’homme impassible, quand il reparut dans le cabinet du comte, et il vit avec plaisir que la pauvre jeune fille avait de même repris une partie de son calme.
—Maintenant, lui dit-il, causons... Je vous prouverai que votre position n’est pas si désolante que vous croyez... Mais avant de penser à l’avenir, inquiétons-nous du passé... voulez-vous?