—Ce que je ferais?... murmura-t-elle... je ne sais... Je trouverais toujours à gagner ma vie... On dit que j’ai une voix remarquable... j’entrerais peut-être au théâtre... j’y ai songé, autrefois.
Le juge bondit sur son fauteuil.
—Vous seriez comédienne, interrompit-il, vous!...
—Cela ou autre chose... qu’importe.
—Comment, qu’importe!... Mais vous ne soupçonnez pas... Vous n’imaginez pas...
Il ne trouvait pas de termes pour rendre la nature des obstacles qu’il apercevait, et ce fut Mlle Marguerite qui les trouva pour lui.
—Je soupçonne, dit-elle, que le théâtre est pour une femme une carrière abominable... Mais je sais que là comme ailleurs il est des femmes honorables et chastes, et cela me suffit... Mon orgueil est assez grand pour me garantir de toute déchéance... Il a sauvé l’apprentie, il préserverait la comédienne... Je serais calomniée!... ce ne serait pas un malheur. Je méprise trop le monde pour prendre souci de son opinion tant que j’aurai pour moi le témoignage de ma conscience... Pourquoi ne serais-je pas une grande artiste, moi qui consacrerais à l’art tout ce que j’ai d’intelligence, de passion, d’énergie et de volonté!...
Elle s’arrêta, un valet de pied entrait portant des lampes, car la nuit venait.
Et sur les pas de celui-ci un autre parut, qui dit:
—Mademoiselle, M. le marquis de Valorsay est en bas, qui demande si mademoiselle peut lui faire l’honneur de le recevoir...