La victoire restait au dénicheur d’héritages, et c’est avec un sentiment d’orgueil qu’il vit s’éloigner son très-noble client humilié et blême de rage...
—Quel brigand que ce marquis, grommelait-il, et comme je préviendrais Mlle Marguerite, la pauvre fille, si je n’avais pas si peur de lui!...
XIV
M. Casimir, le valet de chambre de feu M. le comte de Chalusse, n’était, mon Dieu! ni meilleur ni pire que la plupart de ses confrères...
Les vieillards racontent qu’il existait jadis une race de serviteurs fidèles, qui se croyaient solidaires de la famille qui les adoptait et en embrassaient les intérêts et les idées. Les maîtres, en ce temps, payaient ce rare dévouement en protection efficace et en sécurité pour l’avenir.
De tels maîtres et de pareils serviteurs, on ne trouve plus aujourd’hui de traces que dans les vieux mélodrames de l’Ambigu; dans la Berline de l’Emigré, par exemple, ou dans le Dernier des Châteauvieux.
Les domestiques, à cette heure, traversent les maisons où ils servent comme ces auberges à la nuit où on se permet tout puisqu’on part le lendemain.
Et les familles les accueillent comme des hôtes nomades, dangereux souvent, et dont il est toujours prudent de se défier.
On ne laisse pas la clef de la cave à ces tâcherons révoltés, on ne leur confie plus guère que les enfants, ce qui produit de prodigieux résultats, ainsi que le prouva, l’an passé, certain procès qui épouvanta Paris...
Cependant, M. Casimir était probe, dans le sens strict du mot. Plutôt que de dérober une pièce de dix sous, il eût gâché et gaspillé pour 100 francs de n’importe quoi, dans l’hôtel, comme cela lui arrivait parfois, quand on lui avait fait des reproches et qu’il voulait se venger.