C’est en courant que M. Fortunat sortit de chez le traiteur. Il tremblait d’être poursuivi et rejoint par M. Casimir.

Mais au bout de deux cents pas il s’arrêta, moins pour reprendre haleine que pour rassembler ses idées en déroute, et bien que ce ne fût guère la saison, il s’assit sur un banc.

Ce qu’il avait enduré, dans cet étroit cabinet de marchand de vin, pendant que se grisait son convive, dépassait les plus cruels tourments de sa vie agitée.

Il avait voulu des informations précises, il les avait, et elles renversaient, elles anéantissaient toutes ses espérances.

Persuadé que les héritiers du comte de Chalusse l’avaient perdu de vue, il s’était dit qu’il les retrouverait et qu’il traiterait avec eux avant de leur apprendre qu’ils étaient riches à millions...

Et, pas du tout, ces héritiers, qu’il croyait dispersés et éloignés, surveillaient M. de Chalusse et connaissaient si bien leurs droits qu’ils étaient prêts à les faire valoir.

—Car c’est bien réellement la sœur du comte qui a écrit cette lettre que j’ai dans ma poche, murmurait-il... Ne voulant pas, ne pouvant pas sans doute le recevoir chez elle, prudemment elle lui donnait rendez-vous dans un hôtel... Mais qu’est-ce que ce nom d’Huntley?... Le porte-t-elle, ou ne l’avait-elle adopté que pour la circonstance?... Serait-ce celui de l’homme qui l’a enlevée?... Est-ce celui de ce fils dont elle s’est séparée?...

Mais à quoi bon toutes ces conjectures!... Le sûr, le positif, c’est que l’argent lui échappait, sur lequel il avait compté pour réparer la saignée faite à sa caisse par le marquis de Valorsay. Et il souffrait comme s’il eût perdu 40,000 francs une seconde fois.

Peut-être, en ce moment, regretta-t-il d’avoir rompu avec le marquis...

Cependant, il n’était pas homme à renoncer à une partie, si désespérée qu’elle lui parût, sans une tentative. Il savait combien sont surprenants et soudains les retours de fortune qu’un acte insignifiant détermine.