Ce doute n’offensa pas Chupin, tant il lui parut grotesque, et, pour toute réponse, il haussa dédaigneusement les épaules.

—Alors, nous allons partir, reprit M. Fortunat. Pendant que je m’apprête, descendez chercher une voiture, et tâchez qu’elle ait un bon cheval.

Chupin fila comme l’éclair et dégringola l’escalier comme l’orage. A deux pas de la maison, il y avait une station de fiacres, mais il préféra courir rue Feydeau, où il connaissait une remise.

—Une voiture, bourgeois!... proposèrent les cochers en le voyant approcher.

Il ne répondit pas, mais se mit à examiner chaque cheval d’un air capable, en homme qui bien souvent a utilisé le loisir de ses matinées au service des maquignons du Marché aux chevaux.

Une des bêtes lui convint. Il fit signe au cocher et s’approchant du bureau de la remise où une femme lisait:

—Mes cinq sous, bourgeoise! réclama-t-il.

La femme le toisa. Beaucoup d’établissements donnent vingt-cinq centimes à tout domestique qui vient chercher une voiture pour son maître, et cette petite prime retient la clientèle. Mais la buraliste, qui voyait bien que Chupin n’était pas un domestique, hésitait. Lui se fâcha.

—Prenez garde de déchirer votre poche! fit-il. Moi je vais à la concurrence, sur la place...

Eclairée par l’accent de Chupin, la femme lui remit cinq sous qu’il empocha avec une grimace de satisfaction. Ils étaient bien à lui, et légitimement, puisqu’il avait pris la peine de les gagner.