—D’abord, m’sieu, je l’ai dégrisé, et ce n’était pas facile... Ah! le gredin... en avait-il de cette boisson dans le corps... Enfin, quand j’ai vu qu’il causait comme vous et moi et qu’il était solide sur ses quilles, je l’ai reconduit à l’hôtel de Chalusse...

—Ah! voilà qui est bien pour moi. Mais vous, n’aviez-vous pas une affaire à traiter avec cet imbécile?

—Elle est dans le sac, m’sieu... la commande est signée... Le comte aura tout ce qui se fait de mieux comme enterrement, corbillard premier choix, six chevaux, commissaire en culotte courte, vingt-quatre voitures de deuil, une vraie féerie, quoi!... On payerait pour voir ça!

M. Fortunat souriait bonnement.

—Eh! eh! remarqua-t-il, cela va vous donner un joli bénéfice.

Employé à la commission, Chupin était parfaitement maître de son temps, de son intelligence et de son activité, mais le dénicheur d’héritages n’aimait pas, c’était connu, qu’on cherchât à gagner de l’argent en dehors de chez lui.

Son indulgence approbative était donc assez surprenante pour éveiller l’attention de Chupin.

—Cela me procurera quelque sous, en effet, répondit-il modestement, de quoi aider ma bonne femme de mère à faire bouillir notre marmite.

—Tant mieux! mon garçon, approuva encore M. Fortunat, tant mieux... J’aime à voir gagner de l’argent aux gens qui en font bon usage... Et la preuve, c’est que je vous apporte une affaire qui peut rapporter gros si vous la menez bien et si vous réussissez.

Les yeux de Chupin brillèrent et s’éteignirent aussitôt. Ce ne fut qu’un éclair. A un vif mouvement de joie succédait brusquement un sentiment de défiance.