—Il paraît, insista le dénicheur d’héritages, que vous me croyez capable de vous pousser à des actions condamnables et dangereuses.

—Mais non, m’sieu, je vous assure...

Il y avait beaucoup d’hésitation dans ce «non,» aussi M. Fortunat reprit-il:

—Ignorez-vous donc qu’en dehors de mes recouvrements je m’occupe de rechercher les héritiers des successions vacantes? Non, n’est-ce pas. Eh bien! comment les trouverais-je sans investigations?... Si je fais surveiller la femme dont je vous ai parlé, c’est pour arriver par elle, à un pauvre garçon qu’on veut frustrer de ce qui lui appartient... Et quand je viens vous offrir les moyens de gagner 40 ou 50 francs en deux jours, vous me recevez ainsi!... Vous n’êtes qu’un ingrat et un niais, Victor!...

En Victor Chupin se résumaient à un degré excessif les qualités et les vices du Parisien des faubourgs, qui naît vieux et qui, vieillard, reste gamin.

C’est dire qu’il n’était guère innocent ni crédule, ni confiant surtout.

A peine adolescent, il avait vu d’étranges choses, et il lui en était resté assez d’acquis pour effrayer l’expérience d’un philosophe.

Mais il n’était pas de taille à lutter de rouerie avec M. Fortunat, lequel avait d’ailleurs cet immense avantage de lui imposer par sa qualité de patron, par sa position, sa fortune et sa tenue.

Aussi Chupin fut-il tout d’abord ébranlé par les froides objections du dénicheur d’héritages, et bientôt déconcerté.

Ce qui surtout effaçait ses impressions premières et lui faisait presque regretter ses soupçons, c’était la modicité de la somme offerte: 40 ou 50 francs...