—C’est-à-dire que vous redevenez raisonnable, fit ironiquement M. Fortunat. C’est fort heureux, en vérité... Seulement, un conseil: surveillez-vous, à l’occasion, et bridez votre langue... vous ne me trouveriez pas toujours d’aussi bonne composition que ce soir...

Ayant dit, il se leva gravement, regagna la première pièce, salua fort civilement la mère de son employé et sortit.

Ses dernières paroles, sur le seuil de la porte, furent:

—Ainsi je compte sur vous... Faites un brin de toilette et soyez demain chez moi un peu avant midi.

—C’est entendu, m’sieu.

L’aveugle s’était levée et s’était inclinée respectueusement. Mais dès qu’elle se retrouva seule avec son fils:

—Qu’est-ce que cette affaire pour laquelle on te recommande de te mettre sur ton trente et un? demanda-t-elle.

—Une affaire comme celles de tous les jours, m’man.

L’aveugle hocha la tête.

—Comme vous parliez haut! remarqua-t-elle. Vous vous disputiez donc? C’était donc bien grave qu’il était besoin de se cacher de moi? Je n’ai pas distingué le visage de ton patron, mon fils, mais j’ai entendu sa voix, et elle ne me revient pas... Ce n’est pas celle d’un homme franc. Prends garde à toi, mon Toto, ne te laisse pas enjôler, sois prudent...