Même, il devait avoir des relations fort étendues, car il distribuait quantité de saluts, de droite et de gauche, et il fut accosté par cinq ou six promeneurs.
Cependant, il ne dépassa pas la terrasse Jouffroy. Il acheta un journal, revint sur ses pas, et sur les sept heures, il entrait triomphalement au café Riche.
Il n’avait même pas touché le bord de son chapeau, c’est mauvais genre; mais il appela très-haut le garçon et impérieusement lui ordonna de lui servir à dîner à une table proche du vitrage, d’où il devait voir le boulevard et être vu.
—Et voilà! se dit Chupin, mon cocodès va prendre sa nourriture...
Lui-même eût volontiers cassé une croûte, et il cherchait à se rappeler quelque modeste traiteur aux environs, quand deux jeunes gens s’arrêtèrent près de lui et jetèrent un coup d’œil dans le restaurant.
—Tiens! Wilkie... fit l’un.
—Ma foi, c’est vrai! répondit l’autre. Et il a de l’argent, qui plus est, et la chance lui sourit...
—Tu devines cela, toi?...
—Parbleu! quand on a pratiqué Wilkie, on peut, sans être malin, savoir où en sont ses affaires aussi bien que lui... Est-il décavé?... il se fait apporter ses repas chez lui d’une gargote où il a crédit... ses moustaches pendent, il est avec ses amis humble jusqu’à la servilité et il se coiffe très en avant sur le nez... Dès que les fonds remontent, il mange chez Launay, devient gouailleur, porte ses moustaches droites et se coiffe bien sur le milieu de la tête... Enfin, quand il dîne chez Riche, mon bon, quand il a les moustaches en croc, le chapeau sur l’oreille et la mine arrogante que tu lui vois, c’est qu’il a pour le moins cinq ou six billets de mille devant lui, c’est que tout va bien... très-bien... trop bien!...
—De quoi vit-il?...