En apercevant la jeune fille, Mme Léon s’était vivement rejetée en arrière... Devait-elle fuir ou rester?... Elle hésita une seconde, et son hésitation se lut dans ses yeux...

Elle resta, et c’est avec un sourire contraint et d’une voix altérée qu’elle répondit:

—Comme vous me dites cela, chère demoiselle!... On croirait que vous êtes fâchée!... Vous voyez bien que je viens du jardin...

—A cette heure!...

—Mon Dieu, oui!... Et point pour mon agrément, je vous le jure, oh! pas du tout... Moi, d’abord, dès que je n’y vois plus clair, je suis comme perdue...

Le prétexte à donner, elle ne le tenait pas encore, et elle le cherchait... De sorte que, pendant un moment, elle bredouilla, se répandant en phrases oiseuses pour gagner du temps et implorant du ciel une inspiration.

—Enfin, insista d’un ton impatient Mlle Marguerite, pourquoi étiez-vous sortie?...

—Ah!... voilà!... j’ai cru entendre Mirza aboyer dans le jardin... J’ai pensé qu’on l’avait oubliée au milieu de tout ce remue-ménage, et qu’il ne fallait pas la laisser coucher dehors, la pauvre bête... Là-dessus, j’ai pris mon courage à deux mains, et tant pis!... je me suis risquée...

Mirza, c’était une vieille chienne épagneule, que M. de Chalusse, de son vivant, aimait beaucoup et dont tous les gens de l’hôtel respectaient les caprices.

—C’est singulier, objecta Mlle Marguerite, quand vous avez quitté la chambre, il y a une demi-heure, Mirza dormait à vos pieds.